MAURICE CARÊME
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Les amis de Maurice Carême
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Le chat et le soleil

La Terre est Ronde - Maurice Carême

 

L'ENFANT

A quoi jouait-il cet enfant ?
Personne n'en sut jamais rien
On le laissait seul dans un coin
Avec un peu de sable blanc

On remarquait bien, certains jours,
Qu'il arquait les bras tels des ailes
Et qu'il regardait loin, très loin,
Comme du sommet d'une tour.

Mais où s'en allait-il ainsi
Alors qu'on le croyait assis ?
Lui-même le sut-il jamais ?

Dès qu'il refermait les paupières,
Il regagnait le grand palais
D'où il voyait toute la mer.

MER DU NORD

La Tour Eiffel - Maurice Carême

LA FILLETTE ET LE POEME

"Le poème, qu'est-ce que c'est ?
M'a demandé une fillette :
Des pluies lissant leurs longues tresses,
Le ciel frappant à mes volets,
Un pommier tout seul dans un champ
Comme une cage de plein vent,
Le visage triste et lassé
D'une lune blanche et glacée,
Un vol d'oiseaux en liberté,
Une odeur, un cri, une clé ?"

Et je ne savais que répondre
Jeu de soleil ou ruse d'ombre ? -
Comment aurais-je su mieux qu'elle
Si la poésie a des ailes
Ou court à pied les champs du monde ?

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE

Le Muguet - Maurice Carême

IL OFFRAIT DU COEUR

Donc, il offrait du coeur
Avec un tel sourire
Qu'on s'empressait d'ailleurs
En tous lieux de le dire.

On en voulait partout,
Mais on finit pourtant
Par se demander où
Il en trouvait autant.

Et il riait dans l'ombre.
C'était son propre coeur
Vaste comme le monde
Qu'il offrait à la ronde,

Offrait pour un sourire
Qui répondait au sien,
Offrait rien que pour dire
Aux gens : "Portez vous bien"

DÉFIER LE DESTIN

LA BISE

" Ce sont des feuilles mortes ",
Disaient les feuilles mortes
Voyant des papillons
S'envoler d'un buisson.

" Ce sont des papillons ",
Disaient les papillons
Voyant des feuilles mortes
Errer de porte en porte.

Mais la bise riait
Qui déjà les chassait
Ensemble vers la mer.

PETITES LÉGENDES

Si seul - Maurice Carême

A FORCE D'AIMER

      A force d'aimer
Les fleurs, les arbres, les oiseaux,
      A force d'aimer
Les sources, les vals, les coteaux,
      A force d'aimer
Les trains, les avions, les bateaux,
      A force d'aimer
Les enfants, leurs dés, leurs cerceaux,
      A force d'aimer
Les filles penchées aux rideaux,
      A force d'aimer
Les hommes, leur rage de ciel,
      A force d'aimer
Il devint, un jour, éternel

L'ENVERS DU MIROIR

Calligramme

L’ARTISTE

Il voulut peindre une rivière ;
Elle coula hors du tableau.

Il peignit une pie grièche ;
Elle s’envola aussitôt.  

Il dessina une dorade ;
D’un bond, elle brisa le cadre.  

Il peignit ensuite une étoile ;
Elle mit le feu à la toile.  

Alors, il peignit une porte
Au milieu même du tableau.  

Elle s’ouvrit sur d’autres portes,
Et il entra dans le château.  

ENTRE DEUX MONDES


La cuisine - Maurice Carême

QUAND LES CHEVAUX RENTRENT TRÈS TARD

Il arrive que, rentrant tard
Par les longues routes du soir,
Les chevaux tout à coup s'arrêtent,
Et, comme las, baissent la tête.
Dans le charette, le fermier
N'esquisse pas le moindre geste
Pour les contraindre à se presser.
La lune, sur les blés jaunis,
Vient lentement de se lever,
Et l'on entend comme le bruit
D'une eau qui coule dans l'été.
Quand les chevaux rentrent très tard,
Le fermier ne sait pas pourquoi,
Le long des routes infinies,
Il les laisse avidement boire
Aux fontaines bleues de la nuit.

BRABANT

Etranges fleurs - Maurice Carême

SIMPLE VIE

C'est du soir en fruit,
De la nuit en grappe
Et le pain qui luit
Au clair de la nappe.

C'est la bonne lampe
Qui met, sur les fronts
Rapprochés en rond
Sa joie de décembre.

C'est la vie très simple
Qui mange en sabots,
C'est la vie des humbles :
Sourire et repos.  

LA FLÛTE AU VERGER

La main de ma mère - Maurice Carême

LA PEINE

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa forme et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus 
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois. 

PETITES LEGENDES

L'Homme - Maurice Carême

L'OR

Il lui offrit un collier d'or.
      Elle voulut encor
Des gants, des bas, des souliers d'or,
Des robes et des manteaux d'or.
A la fin, elle eut tout en or :
Sa vaisselle, son lit, ses clés,
Ses tapis et jusqu'à la corde
A pendre son linge aux fils d'or.
      Mais dans son corps,
Ne battit plus qu'un coeur en or
Insensible à tout, même à l'or.

FIGURES

Le jeu de cartes - Maurice Carême

PARTOUT ON TUE

A quoi servirait-il de fuir ?
Partout on tue, on incarcère.
Le monde est lassé à mourir
De tant de haines et de guerres.

Et l’on a beau scruter le ciel,
Chercher derrière les nuages
Une lueur providentielle,
Rien que la nuit, que les orages.

Et l’on a beau vouloir parler
A cœur franc de ce qui nous hante.
La crainte nous serre le ventre,
Et personne n’ose parler.

Et l’on a beau vouloir crier
Qu’on a les pieds, les mains liés.
Comme personne ici ne crie,
On se tait par humilité. 

DE PLUS LOIN QUE LA NUIT

L'oiseau - Maurice Carême

POUR QUOI FAIRE ?

La vérité, mais pour quoi faire ?
Répétait chaque jour son frère.

La liberté, mais pour quoi faire ?
Demandait encore son frère.

La justice, mais pour quoi faire ?
Elle est trahie, disait son frère.

La révolte, mais pour quoi faire ?
On nous tuerait, geignait son frère.

Mais lui n’ajoutait jamais rien.
Un os peut contenter un chien.

COMPLAINTES

Devant lui, pas une lumière - Maurice Carême

LE COEUR PUR

Il se contentait d'être
Heureux sans le paraître.
Et, se moquant des grands,
Il vivait comme un gueux,
Fuyait les gens sérieux
Et la gloire et l'argent.
On l'aurait volontiers
Arrêté, enfermé.

Mais quel homme au coeur pur
Ne traverse les murs

DÉFIER LE DESTIN

La liberté - Maurice Carême

LES MACHINES

Les machines avaient commencé
Par rire comme des enfants
Qui semblaient vouloir amuser
Les gens de tous les continents.

Puis elles avaient tant grandi
Qu'elles étaient devenues comme
Des adolescents, puis des hommes
Précieusement munis d'outils.

Enfin, se fiant au silence
Et à la morne indifférence
De ceux qui en usaient,

Elles se mirent lentement
A devenir ces lourds géants
Qui nous broient dans leurs rets.

L'ENVERS DU MIROIR

On dirait qu'on entend - Maurice Carême

LA MORTE

Il entendit la mort
Derrière cette porte,
Il entendit la mort
Parler avec la morte.

Il savait que la porte
Etait mal refermée
Et que, seule, la mort
En possédait la clé. 

Mais il aimait la morte
Et quand il l’entendit,
Il marcha vers la porte
Et l’ouvrit. Il ne vit

Ni la mort ni la morte ;
Il entra dans la nuit
Et doucement, la porte
Se referma sur lui.

PETITES LEGENDES

Le monde était à lui - Maurice Carême

PRIERE DU POETE

Je ne sais ni bêcher, ni herser, ni faucher,
Et je mange le pain que d’autres ont semé.
Mais tout ce que l’on peut moissonner de douceur,
       Je l’ai semé, Seigneur. 

Je ne sais ni dresser un mur de bonne pierre,
Ni couler une vitre où se prend la lumière.
Mais tout ce que l’on peut bâtir sur le bonheur,
       Je l’ai bâti, Seigneur.

Je ne sais travailler ni la soie, ni la laine,
Ni tresser en panier le jonc de la fontaine.
Mais ce qu’on peut tisser pour habiller le cœur,
       Je l’ai tissé, Seigneur.

Je ne sais ni jouer de vieux airs populaires,
Ni même retenir par cœur une prière.
Mais ce qu’on peut chanter pour se sentir meilleur,
       Je l’ai chanté, Seigneur.

Ma vie s’est répandue en accords à vos pieds.
L’humble enfant que je fus est enfant demeuré,
Et le peu qu’un enfant donne dans sa candeur,
       Je vous l’offre, Seigneur.

HEURE DE GRÂCE

He oui ! Tu ris, tu pleures - Maurice Carême

LA VIE

Comme il passait sur le sentier,
Il vit la vie dans un pommier,  

La vie qui récoltait les pommes
Tout comme l’aurait fait un homme.  

Elle riait, riait si haut
Qu’autour d’elle tous les oiseaux  

Chantaient, chantaient si éperdus
Que nul ne s’y entendait plus.  

La mort, assise au pied de l’arbre,
Aussi blanche et froide qu’un marbre,  

Tenait à deux mains le panier
Où les pommes venaient tomber.  

Et les pommes étaient si belles,
Si pleines de jus, si réelles  

Que la mort, lâchant le panier,
S’en fut sur la pointe des pieds.

ENTRE DEUX MONDES

Qu'est le ciel - Maurice Carême

IL VIENDRA

" Vous verrez, dit-il, il viendra,
Celui qui est meilleur que moi."
Et le jour même de sa mort,
L'homme arriva plus simple encor
Et plus enclin à pardonner
Qu'on eût osé l'imaginer.
Mais à son tour, il répéta,
" Vous verrez, dit-il, il viendra,
Celui qui est meilleur que moi."

Voici deux mille ans
Qu'en ce monde en feu, on l'attend.

DÉFIER LE DESTIN

 

 

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